| PLAN
I / PRESENTATION DE LA VILLE ANTIQUE
A / SITUATION DE LA VILLE ANTIQUE
B / HISTORIQUE DES RECHERCHES
II / UN MONUMENT PUBLIC : LE FORUM
A / LE FORUM, CENTRE DE LA VILLE
B / LA FONCTION D'ECHANGES
III / PRECISIONS SUR LE FORUM DE BAVAY
A / UNE FORMULE ARCHITECTURALE PARTICULIERE
B / LE CRYPTOPORTIQUE
C / LA STATUAIRE
 
INTRODUCTION:
Bavay, Bagacum dans l'antiquité, est une fondation Romaine ex nihilo implantée
vers 20 av.JC.
De nos jours, Bavay est une petite ville de 4000 habitants située entre Valenciennes
et Maubeuge
( Département du Nord). La région de Bavay appartient géographiquement au Hainaut
français.
Les niveaux les plus anciens repérés par des fouilles récentes ne remontent pas en
deçà de la conquête de la Gaule du Nord par Jules César.
La naissance de Bavay, après la conquête, résulte de la réorganisation du
territoire par Auguste ( sans doute entre 16 et
13 av.JC ). La Gaule conquise par César est alors partagée en trois provinces. La
région située entre la Seine et le Rhin constitue la Gaule Belgique et a pour capitale
Reims. Elle est divisée en " cités " ( civitates ) , circonscriptions
administratives qui ont à leur tête un chef-lieu. Dans cette circonscription vivait un
des plus farouches peuples de la Gaule du Nord qui occupait une vaste région comprise
entre l'Escaut, la Sambre et la Meuse, les Nerviens.
Placée au centre d'un nœud routier, Bavay est le passage obligé entre la Germanie et
le port de guerre de Boulogne, tête de pont vers la Bretagne, l'actuelle Grande-Bretagne.
Les autres voies, il y en a sept au total, reliaient le chef-lieu de cité des Nerviens
aux capitales des cités des peuples voisins ( Amiens via Arras, Tongres, Cassel, Trèves
à l'Est et Reims au Sud ).
Sa position est évidement stratégique mais très vite ces voies à vocation militaire
( le futur empereur Tibère transite à Bavay avec ses armées vers 4 ap.JC ) sont
utilisées à des fins commerciales.
A partir de l'époque claudienne et surtout sous les flaviens ( troisième quart du Ier
siècle ), la ville se développe.
De vastes monuments sont construits : un forum, des thermes alimentés par un aqueduc
amenant les eaux d'une fontaine située à une vingtaine de km, et d'autres bâtiments
semble-t-il à caractère officiel ornent la ville.
Nous allons nous intéresser au Forum.
Les ruines imposantes du forum perpétuent le souvenir de la puissance romaine. Son
identification comme forum ne remonte qu'au début du XXème siècle, avec le premier
archéologue digne de ce nom, Maurice Hénault. Depuis, et paradoxalement grâce à un
bombardement allemand en 1940, le forum a enfin retrouvé ses niveaux d'origine.
Le forum est le centre de la cité gallo-romaine. On y trouve une basilique ou se
traitaient les affaires de la cité et ou se trouvaient les tribunaux, une vaste place qui
servait sans doute de lieu de rencontre, de marché et peut-être d'amphithéâtre ou
combattaient les gladiateurs et un espace sacré muni d'un temple ou d'un autel, ou était
célébré le culte impérial.

d'après document Musée de Bavay Conseil Général du Nord
PARTIE 1
a / Situation de la ville antique.
Lorsqu'on le compare avec celui d'autres centres urbains de Gaule intérieure, le
développement de Bavay paraît rapide. C'est bien évidemment sa situation sur un axe
stratégique majeur qui explique le développement précoce de la ville. Bavay se situe en
effet sur le grand axe est-ouest qui relie Cologne à Boulogne, axe qui restera la grande
rocade militaire du nord de la Gaule pendant toute l'antiquité. Sur cet axe, elle
constitue un nœud, d'où partent les voies de Reims et Trèves à l'est,
Saint-Quentin-Vermand au sud, Tournai et Blicquy, enfin, au nord. D'où l'appellation de
" ville aux sept chaussées " qui lui est restée.
Nul doute que Rome ait attaché un soin particulier à la mise en place rapide d'
infrastructures urbaines, dans la nord de la Gaule. Peut-être parce que ( si l'on en
croit César ) ce type d'organisation était très éloigné des mentalités des habitants
de la région, et donc une incitation forte était nécessaire; mais aussi parce que le
développement rapide des chefs-lieux de cités semblait le meilleur garant de la
stabilité politique d'une région sensible où l'on entreprenait les grandes expéditions
de Germanie.
La célèbre inscription mentionnant la consécration d'un monument par un citoyen
romain, en l'honneur du passage à Bavay du futur empereur Tibère est certes la
confirmation du rôle stratégique de la ville, mais surtout la preuve de l'importance du
chef-lieu nouvellement créé, siège de toutes les manifestations officielles et, en
particulier, des cérémonies liées au culte impérial.
b / Historique des recherches
Dès la fin du Moyen-Age, les vestiges encore visibles de la ville antique ont suscité
l'admiration des chroniqueur ou des poètes qui les ont interprétés parfois de façon
fantaisiste.
Au XVIII ème siècle, de nombreuses découvertes fortuites se sont produites ( une
cave richement décorées, une mosaïque polychrome ). Mais ces trouvailles ne donnent
lieu à aucune véritable recherche.
Aux alentours de la Révolution, le passé antique de Bavay a éveillé la curiosité
des " Antiquaires ", ces érudits épris de la civilisation romaine. Les
richesses archéologiques de Bavay ont également excité la convoitise des amateurs
d'art, intéressés semble-t-il que par la valeur marchandes de ces découvertes.
A la fin du XIX ème, la situation était assez consternante. Un seul inventaire avait
été publié.
A partir de 1906, Maurice Hénault, archiviste de la bibliothèque de Valenciennes,
prit en charge la recherche archéologique à Bavay. Pendant plus de trente ans, il
recueillit un nombre considérable d'objets et nota une foule de renseignements .
En 1936, Henri Biévelet, nouveau directeur de l'institution Notre-Dame-de-l'Assomption
le remplaça. En 1940, un bombardement allemand détruisit une grande partie de la ville,
dont la zone du forum.
Les autorités françaises déclarèrent alors tout le secteur entourant le forum
" zone archéologique " et décidèrent d'acquérir ces terrains. De 1942 à
1976, Biévelet pratiqua la fouille de ce qu'il appelait le " grand ensemble ".
Furent dégagés à l'ouest la plus grande partie des cryptoportiques ainsi que
l'esplanade et à l'est la basilique civile.
Depuis 1989, de nouvelles recherches archéologiques, visant à affiner l'étude
architecturale et la chronologie du forum sont entreprises.
PARTIE 2
On retrouve les composantes qui définissent un forum à sur le site de Bavay.
L'idée générale est de faire de chaque ville une petite Rome : on peut donc
s'attendre à retrouver partout les mêmes groupes de monuments en dépits de
caractéristiques locales.
Le forum est ainsi le centre de la vie municipale, politique d'abord et judiciaire,
religieux souvent, économique parfois. Au sens propre ce terme désigne une place
généralement bordée de portiques, autour de laquelle sont regroupés les principaux
édifices religieux et politiques de la cité.
Bavay demeure essentiellement la ville d'un ensemble monumental, le forum, exceptionnel
à plus d'un titre. Parce qu'il est un des seuls en France à être dégagé presque en
entier. Mais aussi parce que c'est un des plus grands connus dans les provinces de
l'Empire romain.
On distingue deux étapes pour ce forum : le premier forum, reconnu partiellement sous
les vestiges actuellement visibles du second, appartient au type tripartite ou "
bloc-forum ", organisé en trois espaces aménagés sur trois niveaux différents. Au
milieu du II ème siècle après J-C, on reconstruit entièrement l'édifice. Le second
forum conserve l'essentiel du plan du premier, mais offre une architecture entièrement
renouvelée, beaucoup plus monumentale.
a / Le forum, centre de la ville :
Le forum, dégagé aux trois quarts, constitue un rectangle de 240 m de long sur près
de 110 m de large. La conception du forum en tant qu'espace non bâti ( place ) autour
duquel étaient regroupés et ordonnés les principaux édifices religieux et politiques
de la cité est typiquement romaine. Autour de cet espace la disposition des bâtiments
obéit à des règles précises destinées à souligner leur importance au sein de la
cité.
Le forum de Bavay se rattache à une série de forums bien définie que l'on appelle
les " forums tripartites ". Il comprend en effet trois parties principales.
Au centre se trouve une grande place, l'esplanade du forum bordée sur ses grands
côtés par des portiques. Elle s'étend sur près de 100 m de long et 60 m de large. Il
faut imaginer ce vaste espace, aujourd'hui vide, occupé par quantité de statues et
inscriptions officielles.
Sur l'un des petits côtés de la grande place ( à l'est ) apparaissent les vestiges
d'un grand édifice surélevé par rapport à l'esplanade.
La basilique est le centre de l'activité judiciaire : bâtiment rectangulaire souvent
à plusieurs nefs séparés par des colonnes qui peuvent bénéficier d'un décor
particulièrement soigné.
Salle de tribunal, marché couvert, lieu de réunion en cas d'intempérie, la Basilique
s'affirmait bien comme l'indispensable annexe du forum. Sorte de halle offrant un lieu
abrité ou traiter les affaires et démêler les questions de justice.
La basilique de Bavay était l'une des plus vaste de l'occident romain. Avec ses 98m de
long, elle dépasse de peu celle de Carthage.
Le troisième élément caractéristique des centres civiques est l'élément religieux
: sur le petit côté opposé de l'esplanade, se tient une autre place de plus petites
dimensions ou devait être implanté un monument consacré au culte officiel de Rome,
temple ou autel. On la désigne du nom de place du temple.
Par leur nombre et leur somptuosité, les monuments publics sont l'expression même de
la prospérité de la ville.
En quelques décennies, les agglomérations de la Gaule se parent de temples et de
monuments civils. Ces édifices publics reproduisent des modèles architecturaux largement
répandus en Italie. En cela, ils ne sont que la traduction de l'impact de la
romanisation.
Mais en Gaule, la vivacité des traditions locales est si tenace que des innovations
interviennent parfois, qui aboutissent à la création de monuments originaux.
b / La fonction d'échanges.
Le forum se définit comme un espace d'échanges et de rencontre.
Centre de la vie publique, lieu privilégié de rencontre pour les notables municipaux.
Le décor sculpté tient une place importante, la place accueillant des statues, les
effigies des magistrats ou bien encore les images des fondateurs mythiques de la ville.
L'urbanisme définit le cadre de la vie publique : édifices dont la fonction sociale
est évidente : grands thèmes civiques.
Cet urbanisme, c'est à dire l'aménagement d'ensemble de la ville permet de peser
très puissamment sur la société. Le forum par les statues et inscriptions
commémoratives qu'il arborait, symbolisait également la mémoire collective de la ville.
A l'instar de Rome née autour de son forum, toute ville provinciale s'enorgueillissait
de posséder une place publique rectangulaire entourée de colonnades.
PARTIE 3
a / Une formule architecturale particulière.
On pourra remarquer que le forum est presque entièrement fermé sur lui-même et qu'il
est isolé de l'extérieur par un mur continu.
Cette volonté de regrouper les différents édifices les uns près des autres et
d'isoler le plus possible le centre monumental de l'extérieur est l'un des traits
caractéristiques de ce type de forum, ce qui leur a valu d'être appelés "
blocs-forums ". Le complexe monumental du forum de Bavay a un caractère homogène
très prononcé.
Cette formule architecturale a connu un grand succès en Gaule : les forums de Lutèce,
de Trèves ( Allemagne ) ou d'Augst ( Suisse ) sont construits sur le même schéma.
Ce qui frappe dans le cas de Bavay, c'est l'ampleur du complexe monumental, sa
démesure...
Ses dimensions en font le plus grand de ce type connu actuellement en Gaule alors que
Bavay est l'un des chefs-lieux de cité les plus modestes du territoire : en effet, le
forum concentre les pouvoirs religieux, politique et judiciaire du territoire soumis à
leur autorité, mais c'est surtout un lieu de prestige destiné à montrer et à affirmer
la grandeur de Rome.
b / Le cryptoportique
Le visiteur d'aujourd'hui se promène essentiellement dans le cryptoportique. Il
peut alors mieux s'imaginer l'ensemble architectural que représentait le forum puisqu'il
se situe à l'extrémité ouest.
Dans l'architecture romaine, le terme de cryptoportique ( étymologiquement : "
portique caché " ) désigne des galeries partiellement ou totalement enterrées.
Leur fonction a suscité et suscite encore de longs débats : on a voulu y voir des
entrepôts souterrains à céréales, et même des lieux de promenade... Ou alors est-ce
simplement un élément d'architecture qui permet d'assurer des fondations à des
portiques surélevé ? Cette dernière hypothèse semble être celle retenu par les
archéologues. De ce point de vue, les constructions sur cryptoportique ne diffère pas de
toutes celles qui, comme les théâtres ou les amphithéâtres, nécessitent
systématiquement recours à des voûtes pour augmenter la solidité de la construction.
On comprend dès lors pourquoi ces galeries ont été aussi bien conservées: piliers,
murs et pilastres ont gardé leur élévation souvent jusqu'à la naissance des voûtes de
couvrement. A demi enterrées, elles ont échappé plus facilement à la destruction.
Il est bien difficile de prétendre assigner une fonction précise et unique à ces
immenses couloirs souterrains.
c / La statuaire
Le musée de Bavay contient une des plus importantes collections de bronzes figurés du
Nord de la Gaule. Certaines statuettes en bronze sont tout à fait remarquables.
Dieux lares ( dieux protecteurs du foyer )
Debout sur un socle décoré, la tête ceinte d'une couronne de feuillage, ils sont
représentés avec leurs attributs habituels : une patère dans la main droite et une
corne d'abondance dans la gauche. La statuette la plus grande porte des traces de dorure.
Jupiter assis
représentation tout à fait classique du Jupiter capitolin.
Jupiter ou Neptune debout
En l'absence des éléments tenus dans la main gauche ( trident ou sceptre ) et dans la
main droite ( dauphin ou foudre ), on peut hésiter entre les deux figures divines.
Trois statuettes de Mercure
Assis sur un rcher dans un pose héritée de modèles grecs classiques et debout.
Une quantité impressionnante de bronzes antiques, provenant d'ateliers italiens,
provençaux ou locaux, a été recueillie sur place depuis le XIX ème siècle :
statuettes de divinités, reliefs d'applique, objets divers. Selon Isodore Lebeau ( 1844
), il y avait autant de bronzes à Bavay que de feuilles " sur les arbres de la
forêt voisine ". Ces bronzes agrémentent bien des collections particulières
(" il n'est pas un habitant de Bavay qui n'ait son petit cabinet d'antiques
" écrivait en 1833 le douanier Derbigny ).
CONCLUSION
Construit au Haut-Empire, entre l'époque flavienne (vers 70) et l'époque séverienne
( début III ème), le forum est entouré à l'extrême fin du III ème d'un rempart et
devient ainsi une place forte sur la route de Cologne. Dès cette période apparaissent
dans la plupart des chefs-lieux de cités de la Gaule des enceintes de superficie
réduite, implantées au coeur des agglomérations. Dans beaucoup de cas, l'édification
de leurs murs n'a pas été directement à la crainte suscitée par les premiers raids
barbares : le soin apporté à leur construction atteste qu'elles étaient conçues avant
tout comme des ouvrages de prestige. Mais dans le nord de la Gaule, les troubles
intervenus dès la seconde moitié du III ème ont amené le pouvoir impérial à
renforcer les zones frontalières pour des raisons stratégiques. Bavay a dû jouer un
rôle de refuge et de forteresse occasionnels. Mais il n'est pas exclu non plus de voir en
cette enceinte une construction de prestige, signe d'une nouvelle organisation et d'un
nouveau pouvoir. En ce sens, son installation à l'emplacement de l'ancien forum n'est pas
indifférente : c'est la permanence de l'autorité de Rome qui s'affirme à travers elle.
Puis, Bavay perd son rang de chef-lieu et peu à peu se dépeuple. Les ultimes témoins
d'une occupation dans le forum ne vont pas au delà des années 430/450.
Bavay est aujourd'hui un haut lieu de l'archéologie gallo-romaine du nord de la
France.
En visitant ce site, c'est tout un pan de la vie de nos ancêtres gallo-romains qui se
dévoilent sous nos yeux.
Auteur : Nicolas Chalmin
BIBLIOGRAPHIE
Patrick Thollard, avec le concours de Jean-Claude Carmelez et Pierre Leman
BAVAY ANTIQUE
Imprimerie Nationale Editions
Guides Archéologiques de France Mars 1996
Sous la direction de Roland Delmaire
LE NORD CARTE ARCHEOLOGIQUE DE LA GAULE
Fondation Maison des Sciences de l'Homme 1996
Gérard Coulon
LES GALLO-ROMAINS TOME 1
Armand Colin
PAYS DU NORD : LE MAGAZINE DU PATRIMOINE, DE L'HISTOIRE ET DE L'ART DE VIVRE
: BAVAY LA-ROMAINE
Mars-Avril 1998
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