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PETITE HISTOIRE
DE L’'ARTOIS,
L'ÉPOQUE MÉDIÉVALE

Avec la féodalité, le pouvoir s'organise. Peu à peu,
le commerce se développe ce qui aura pour conséquence de permettre à la
bourgeoisie de s'affirmer. Au niveau national la puissance du roi progresse ;
cette concentration du pouvoir royal provoque la résistance des seigneurs attachés
à leurs privilèges. Aux XI et XII ème siècles, ces conflits entre les
souverains et les féodaux facilitent l'avènement des collectivités
territoriales : grâce à leur argent, les bourgeois obtiennent des seigneurs
des “ chartes de libertés ”. Seules, les riches bourgades sont alors plus
ou moins prises en charge par la bourgeoisie. Ceci ne s'applique pas au monde
rural groupé autour de la paroisse.
La fin du XIIème siècle est une période fertile pour l'Artois.
Philippe-Auguste fils aîné du roi de France, avait épousé à Bapaume en 1179
Isabelle de Hainaut nièce du comte de Flandre, Philippe d'Alsace, qui lui avait
concédé cette province pour dot.
La bonne entente entre l'oncle et le neveu ne fut pas de longue durée ; ils ne
purent s'accorder sur les conditions du partage, et la répudiation de la
princesse par son royal époux fut le signal de la guerre. L' Artois
en devint le théâtre sanglant ; les combats se succédèrent avec acharnement
et un grand nombre de seigneurs ruinés durent aliéner leurs domaines.
A partir de cette époque, les invasions normandes se succédèrent. Les
souverains sentirent la nécessité de fortifier leurs maisons de plaisance afin
de résister aux attaques de l'ennemi et quelquefois aux rébellions de leurs
vassaux. En 1196, Baudoin, comte de Flandre, envahit cette province dans
l'espoir de la recouvrer. Il doit en 1199 signer à Péronne la paix qui laisse
Philippe Auguste en possession de l'Artois. En 1211, Jeanne, fille de Baudoin,
épouse Ferrand qui devint, de ce fait comte de Flandre. Il prend les armes
contre Philippe Auguste et l'Artois eut à souffrir de ses incursions. Après la
victoire de Bouvines, Ferrand reste captif douze ans. Suite à son testament de
juin 1225, Louis VIII laissait la province au second de ses fils qui lui
survivrait. Le destin désigna Robert, frère puîné de Saint Louis. En 1237,
ce même Robert entra en possession de son apanage et en fit hommage à son frère,
Roi de France. L'Artois reste en famille. Le territoire recouvrait Arras,
Saint-Omer, Aire, Hesdin, Bapaume, Hesdin et Lens. Mais ce cher Robert d'Artois
fut tué à la bataille de Mansourah en 1250. Son fils posthume sous le nom de
Robert II prit le relais. En 1297, la guerre recommence entre le roi de France
Philippe le Bel et flamands qui dévastent et pillent Vimy, Thérouanne et le château
d'Houdain. Robert II meurt en 1302. Puis vint Mahaut ( fille de ce dernier ) qui
épousa Otton IV, comte de Bourgogne. Mahaut d'Artois fut un personnage célèbre
dans notre région. Sa fille
Jeanne épousa Philippe Le Long, Roi de France. Mais celui-ci mourut sans héritier
mâle. L'Artois passa alors à sa fille aînée, petite fille de Mahaut qui épousa
Eude IV duc de Bourgogne. Décidément le duché de Bourgogne enveloppe de son
emprunte les vertes prairies artésiennes. En 1339, les Flamands s'allient aux
Anglais. Calais tombe au pouvoir du roi d'Angleterre Edouard III. Jeanne mourut
en 1347 et eut pour successeur son petit fils Philippe de Rouvre. Il ne laisse
pas d'enfant. Dès 1361, l'Artois revint à sa grand'tante, Marguerite, fille de
Philippe le Long et soeur cadette de Jeanne de France. Marguerite a épousé
Louis Ier, comte de Flandre. A sa mort en 1382, son fils Louis de Male, comte de
Flandre lui succède. Il n'eut qu'une fille, Marguerite qui épousa Philippe Le
Hardi fils de Jean Le Bon et évidemment duc de Bourgogne. Mais revenons à des
faits plus percutants. L'Artois comme "terrain de jeu" des troupes
anglaises et françaises pendant la guerre de Cent Ans. En 1415, c'est la défaite
d'Azincourt où dix mille français perdirent la vie : parmi eux de nombreux
seigneurs artésiens. La bataille de Castillon en 1452 mit fin à la guerre qui
durait depuis cent ans entre la France et l'Angleterre. Charles le Téméraire
puis sa fille Marie conservent l'Artois et la Flandre, prétextant défendre “
sa chère filleule Marie ” contre les Flamands qui refusaient de payer les impôts,
Louis XI s'empare de Boulogne, Arras, Lens, Béthune.
En 1482, Louis XI renonce à la Flandre mais
garde l'Artois. La lutte continue entre Maximilien et Charles VIII, successeur
de Louis XI : l'Artois est de nouveau envahie par les armées. Au traité de
Senlis ( 1493 ), Charles VIII rendait l'Artois, tout en conservant sa
suzeraineté sur cette province.
PETITE HISTOIRE
DE L’ARTOIS
SOUS L'ANCIEN RÉGIME

L’ARTOIS TRAVERSE LES EPREUVES DE L’ÉPOQUE
MODERNE
ET CONSTRUIT SON UNITÉ
L'unité artésienne, c'est d'abord celle de la Province
d'Ancien Régime. Les limites en sont fixées à travers les épisodes des
guerres médiévales particulièrement tumultueuses qui ont vu les terres
comprises entre Picardie et Flandre d'une part, Cambrésis et Boulonnais d'autre
part osciller de la puissance française, à l'anglaise et à la flamande puis
à la bourguignonne. Le faciès de la province est surtout modelé au XVI ème
siècle avec l'intégration à l'empire de Charles Quint. François 1er songe à
faire la guerre à Charles Quint, il rencontre le roi d'Angleterre Henri VIII
pour obtenir son aide (entrevue du Camp du Drap d'Or en juin 1520).En 1521, tout
le pays entre Arras et Doullens est dévasté par les armées de François 1er.
En 1526, le Roi de France renonce à sa souveraineté sur la Flandre
et l'Artois : le traité de Madrid établit la suzeraineté de
l'empereur sur l'Artois ; dès cette date l'administration impériale
marque son empreinte sur la structure provinciale. L'Artois devient une province
des Pays-Bas espagnols.
-Les États d'Artois sont reconnus ;
ils sont composés de représentants du clergé, de la noblesse et des villes ;
ils siègent a Arras et assurent l'administration de la Province.
-Un Conseil d'Artois est créé (1530); il exerce
les fonctions de " Cour d'Appel " de toutes les juridictions.
-Un nouveau système fiscal est mis en place
(1536).
En 1537, François 1er envahit à nouveau
l'Artois. La conquête fut facile et les villes et châteaux d'Hesdin, de
Saint-Pol, de Saint-Venant tombèrent en peu de jours au pouvoir du Roi de
France. Ses troupes se répandirent par tout le pays qu'elles ravagèrent. Les
habitants des villages ravagés adressèrent à leurs gouvernants des suppliques
où ils leur exposaient leur misère et l'impossibilité d'acquitter leur impôt.
Henri II, successeur de François 1er continue la guerre contre
Charles Quint. En fait il faut attendre 1559 et le Traité du Cateau-Cambrésis
pour que cessent les guerres ravageuses (1553 : Destruction de Thérouanne et
Hesdin). Les traités de Cambrai ( 1529 ), du Cateau-Cambrésis
( 1559 ) et de Vervins ( 1598 ) confirment la domination espagnole en
Artois.
Ce n'est qu'en 1645, que les Français se
rendent maîtres de Béthune, Lens, Lillers et Saint-Venant. En 1648,
le prince de Condé remporte sur les Espagnols dans les plaines entre Lens
et Grenay une victoire qui conduit au traité de Westphalie. En 1649,
Saint-Venant est repris par les Espagnols. En 1657, Turenne prend
Saint-Venant aux Espagnols et porte le dernier coup à leur puissance par la
victoire des dunes. L'Artois est finalement rattachée à la France en 1659
(Traité des Pyrénées) sauf l'Artois " réservé " mais la
structure administrative, judiciaire et fiscale de la Province est globalement
confirmée par Louis XIV et ses successeurs. En 1679, le traité de
Nimègue donne à Louis XIV la possession de la plus grande partie de la
Flandre. De 1710 à 1713, les Anglais parcoururent l'Artois et enlevèrent aux
Français Béthune et Saint-Omer. La victoire de Denain, suivie du traité
d'Utrecht (1713) donnèrent, définitivement à la France l'Artois et
la Flandre Française. Ce traité marque enfin la fixation définitive de la
frontière du Nord et le retour à la paix, en Flandre et en Artois, pour près
d'un siècle.L'Artois, pays d'États, garde une autonomie relative par rapport
aux intendants (L'Artois est rattachée comme le Boulonnais à l'intendance de
Picardie jusqu'en 1754 puis à celle de Flandre).
-Un système fiscal original est maintenu ; la province
ne paie pas les impôts royaux (ni taille, ni gabelle, ni aides) ; les États
versent annuellement une somme forfaitaire. Cette somme est récupérée par
l'application de la fiscalité héritée de l'époque impériale en particulier
le paiement par les tenanciers de la terre de vingtièmes et centièmes. Ceux-ci
donnent lieu en 1779 à la mise à jour de nouvelles matrices qui constituent
une source exceptionnelle pour la connaissance des structures foncières de la
très grande majorité des villages (Archives du Pas-de-Calais, Série C).
Globalement, ce système fiscal même Si l'on y inclut quelques impôts
indirects (sur les boissons) est moins lourd pour les Artésiens que la fiscalité
royale pour la plupart des Français (environ 5 % du produit des récoltes
contre plus de 10 % dans la plupart des pays d'élections ). La légèreté
relative de la fiscalité artésienne n'empêche pas les ruraux de protester en
1789 dans de nombreux Cahiers de doléances contre la mauvaise gestion des États
provinciaux et plus irrégulièrement contre l'exemption dont bénéficient les
privilégiés.
-Le maintien de la structure provinciale s'accompagne
d'une indiscutable affirmation de l'attachement particulariste des Artésiens,
état d'esprit non négligeable dans la perspective des événements révolutionnaires.
Dès 1790, le découpage administratif bafoue le cadre provincial en créant un
département du Pas-de-Calais qui ajoute à l'Artois le Boulonnais, le Calaisis
et qui a pour préfecture une ville excentrée, Arras.
La domination bourguignonne n’a pas laissé
d’institutions étatiques particulières : force de la seigneurie et des
institutions féodales. De la période impériale, la province a conservé le
Conseil d’Artois qui intervient comme haute cour de Justice et que l’on voit
fonctionner très souvent comme une sorte de Cour d’Appel. C’est la
monarchie française qui enferme la région dans un système étatique véritable.
L’oeuvre d’assimilation de la monarchie française a cependant porté ses
fruits car, de “ province réputée étrangère ”, la province était intégrée
dans la nation française à la fin de l’Ancien Régime. La vie économique
semble reconstituée : la province uniquement agricole s'enrichit du commerce
des grains : les villes se rebâtissent, la vie intellectuelle renaît ...
Pour résumer;
Trois périodes peuvent être distinguées dans l’organisation
de la province :
entre 1640 et 1661, l’Artois possède à la
fois un gouverneur et un intendant ; de 1661 à 1754, pays d’État, il
est réuni à la Picardie, pays d’élection, dans la même généralité ; après
1754, il dépend de l’intendance de Flandre. L’Artois possède une ligne
douanière avec la Picardie. L’œuvre d’assimilation de la monarchie française
a cependant porté ses fruits car, de " province réputée étrangère
", la province était intégrée dans la nation française à la fin de
l’Ancien Régime.
Sur le plan militaire, l'équilibre des
forces en présence interdit, pendant longtemps toute victoire décisive; la
guerre est interminable :
- de 1515 à 1559 : guerre quasi permanente en Artois entre la
France et Charles-Quint.
- de 1559 à 1598 : guerres de religion en France et dans les
Pays-Bas espagnols; l'Artois est moins touché que la Flandre.
- de 1598 à 1633 : sous le gouvernement des archiducs Albert et
Isabelle, l'Artois connaît une ère de pais et de prospérité.
- de 1635 à 1659 : reconquête de l'Artois par la France; toute
la province est ravagée par la guerre.
- De 1659 à 1713 : les guerres de Louis XIV se déroulent
principalement en Flandre, mais l'Artois est gravement touché en 1676 et en
1710 par les opérations militaires.

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